Boris Vian

Cette année Boris Vian a 100 ans. De nombreux ouvrages sont publiés et beaucoup d’évènements s’organisent : expositions, spectacles, concerts… « On n’y échappe pas », un roman inachevé a été terminé à plusieurs mains par l’OuLiPo, collectif d’auteurs né du collège de Pataphysique. Télérama et Le Monde viennent de sortir des numéros hors-série avec des documents inédits : photos, correspondance.
Un bref retour sur son incroyable production s’impose. 

« Quand on est mort c’est pour la vie ! » et cette année Boris Vian aurait eu cent ans. C’est sûr qu’il aurait fait un meilleur président, même à cent ans !
Comment résumer, non pas la carrière, mais la vie tout simplement de l’ingénieux ingénieur qui ne fit pas long feu dans les bureaux de l’Afnor à pondre des normes alors qu’il était hors de toutes normes.
Un touche à tout surdoué ? Un hyperactif ? Probablement.
En moins de quarante ans (il est mort dans sa quarantième) il a multiplié les vies comme le boulanger chaque matin multiplie les pains.

 Dans la famille on s’amuse on monter des clubs de quartiers ou les jeux littéraires affutent l’esprit, le partage et l’inventivité. La culture est un terrain de chasse formidable pour la famille Vian : trois frères, une sœur et leurs parents, oncles, tantes, grands-parents. Yehuni Menuhin est un copain de jeu et Edmond Rostand un voisin.
Dès 1937, Boris à la trompette anime des surprise-parties avec ses frères Alain et Lélio et leur trio de jazz. Une musique qu’il participe à faire connaitre et dont il est un des protagonistes d’avant et d’après-guerre.
Jouer de la trompette c’est mauvais pour le cœur, qu’il a mauvais, il le sait mais n’en fera cure, multipliant les activités, les passions : l’écriture, la chanson, le théâtre, les critiques de disques, les inventions, les traductions, les pseudonymes, les jonglages de mots, les rencontres.

Sa vie est un puit sans fond : plus de 500 chansons écrites, des poèmes par centaines également, des romans dont les plus célèbres signés sous son nom cachent les autres, fausses adaptations de romans américains par Vernon Sullivan (Ou pensez-vous que Virginie Despentes ait trouvé le Vernon de son Subutex ?).
Du Théâtre également, des livrets d’Opéra et même du cinéma. Loin d’être uniquement un auteur, Bison Ravi (un de ses multiples pseudonymes – on en compte plus d’une vingtaine) côtoya un nombre impressionnant de personnalités de son époque. Via le Tabou (un cave dégotée par Juliette Greco) les clubs de jazz de St Germain des Près, lui et ses amis firent venir pour le première fois en France Duke Ellington, Miles Davis, Charlie Parker, Coleman Hawkins et bien d’autres pointures négligés dans leur propre pays encore ségrégationniste.

Et par la rive gauche ce fut Jacques Prévert, Raymond Quenau en passant par Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre ou Picasso sans oublier Michel Legrand et Henri Salvador avec qui ils écrivirent les premiers rock français, burlesques et moqueurs.Membre du collège de Pataphysique, une science des solutions imaginaires crée par Alfred Jarry, qui prône d’aborder les choses avec humour et anticonformisme, il se retrouve aux côté de Max Ernst, Ionesco ou encore Marcel Duchamp.

Des existentialistes (dont il se moquait) aux surréalistes, Vian a fréquenté les plus audacieux créateurs d’après-guerre.
Gainsbourg ne se remis jamais de sa rencontre et se décida à écrire des chansons, délaissant les pianos-bar pour la carrière que l’on sait.

Bricoleur émérite il fabriquait ses meubles et inventa l’architecture intérieure de son petit appartement Cité Véron, derrière le Moulin Rouge, partagé avec sa seconde compagne « son ourson Ursula » (Ursula Kubler, danseuse) - Un appartement resté intact et que l’on peut visiter par petit groupe et sur rendez-vous -
La nuit, il traduisait des romans noirs américains, écrivant le jour des critiques de jazz ou un essai sur le monde de la chanson (que l’on n’appelait pas encore « industrie musicale »).
Directeur artistique pour la maison de disque Philips, puis Barclay, il créa le mot « tube » pour parler des succès en vogue.
Il se passionnait également pour l’automobile, collectionnant de vieilles guimbardes pour aller parfois à St Tropez rejoindre des amis et inventer d’autres « jours de fêtes » !

Découvrir Boris Vian c’est un peu comme éplucher un œuf qui cacherait des poupées russes, c’est une histoire sans fin, on y découvre toujours quelque chose de nouveau, un emboitement de créations, d’inventions, de passions dévorantes ou le satrape quitte un sujet pour s’adonner à une autre : la peinture, le dessin, les collages…

Loin d’être reconnu à son juste talent de son vivant, Boris a fait l’objet de scandales avec par exemple sa chanson « Le déserteur » et le seul de ses romans qui connut un franc succès : « J’irais cracher sur vos tombes ». Un livre qui traite de la ségrégation raciale aux Etats Unis, avec toute la violence contenue de l’époque (près-rock’n roll) alors qu’à sa sortie le titre laissait croire à un blasphème envers les « morts pour la France » des deux grandes guerres !).
« Quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère, et quand j’écris pour de vrai, on croit que je blague » se plaignait ainsi Vian, pas toujours compris, qui avait l’art de brouiller les pistes, comme tout anticonformiste.

 Avec près d’une trentaine d’ouvrages : romans, essais, recueils de nouvelles et de poésie et une quinzaine de pièces de théâtre (et livrets d’Opéra) écrit entre 1942 et 1956 (où il abandonne la littérature vus ses insuccès) Boris Vian laisse une œuvre riche qui sera apprécié et découverte après sa mort, devenant un auteur reconnu et intemporel, toujours étudié dans les écoles.
Une écriture inventive qui jongle avec le langage, les métaphores, la poésie, l’humour et la mort toujours omniprésente. La mort qui le suit : son père est assassiné, son ami proche Le Major se tue dans un accident, il sait sa santé précaire et se retrouve affaibli par plusieurs problèmes cardiaques à partir de 1956.
« J’voudrais pas crever… » « Pourvu qu’il me laisse le temps », « Quand y’aura du vent dans mon crâne », « Les morts ont tous la même peau »…en sont quelques exemples.

Une écriture unique, et des thèmes toujours actuels abordés par exemple dans ses chansons : les puissants, le racisme, le féminisme, la consommation, le danger nucléaire, les guerres, le monde du travail, le sexe, l’homosexualité, le changement de sexe, l’humour, la mort…avec une variété de styles, autant dans les formes musicales que dans ses textes (avec les compositeurs et orchestrateurs Alain Goraguer, Jimmy Walter, André Popp, Michel Legrand…).

Boris Vian n’a pas inventé un genre, un style.
Boris Vian n’a pas eu de descendants dans la littérature.
Boris Vian a créé « son propre style » : unique. Et a suscité probablement beaucoup de vocations, à toutes époques depuis sa disparition comme Chloé Delaume en témoigne ou Mathias Malzieu (du groupe Dionysos) parrain de ce centenaire.
Boris Vian n’est pas un génie, ou alors un « Génie sans bouillir » !Boris Vian reste à découvrir, il agite la vie et reste le témoin de ce qu’elle a de plus excitant, la création permanente de l’esprit !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Max Well – 10-03-2020

 

Cette année Boris Vian a 100 ans. De nombreux ouvrages sont publiés et beaucoup d’évènements s’organisent : expositions, spectacles, concerts… « On n’y échappe pas », un roman inachevé a été terminé à plusieurs mains par l’OuLiPo, collectif d’auteurs né du collège de Pataphysique. Télérama et Le Monde viennent de sortir des numéros hors-série avec des documents inédits : photos, correspondance.
Un bref retour sur son incroyable production s’impose. 

« Quand on est mort c’est pour la vie ! » et cette année Boris Vian aurait eu cent ans. C’est sûr qu’il aurait fait un meilleur président, même à cent ans !
Comment résumer, non pas la carrière, mais la vie tout simplement de l’ingénieux ingénieur qui ne fit pas long feu dans les bureaux de l’Afnor à pondre des normes alors qu’il était hors de toutes normes.
Un touche à tout surdoué ? Un hyperactif ? Probablement.
En moins de quarante ans (il est mort dans sa quarantième) il a multiplié les vies comme le boulanger chaque matin multiplie les pains.

 Dans la famille on s’amuse on monter des clubs de quartiers ou les jeux littéraires affutent l’esprit, le partage et l’inventivité. La culture est un terrain de chasse formidable pour la famille Vian : trois frères, une sœur et leurs parents, oncles, tantes, grands-parents. Yehuni Menuhin est un copain de jeu et Edmond Rostand un voisin.
Dès 1937, Boris à la trompette anime des surprise-parties avec ses frères Alain et Lélio et leur trio de jazz. Une musique qu’il participe à faire connaitre et dont il est un des protagonistes d’avant et d’après-guerre.
Jouer de la trompette c’est mauvais pour le cœur, qu’il a mauvais, il le sait mais n’en fera cure, multipliant les activités, les passions : l’écriture, la chanson, le théâtre, les critiques de disques, les inventions, les traductions, les pseudonymes, les jonglages de mots, les rencontres.

Sa vie est un puit sans fond : plus de 500 chansons écrites, des poèmes par centaines également, des romans dont les plus célèbres signés sous son nom cachent les autres, fausses adaptations de romans américains par Vernon Sullivan (Ou pensez-vous que Virginie Despentes ait trouvé le Vernon de son Subutex ?).
Du Théâtre également, des livrets d’Opéra et même du cinéma. Loin d’être uniquement un auteur, Bison Ravi (un de ses multiples pseudonymes – on en compte plus d’une vingtaine) côtoya un nombre impressionnant de personnalités de son époque. Via le Tabou (un cave dégotée par Juliette Greco) les clubs de jazz de St Germain des Près, lui et ses amis firent venir pour le première fois en France Duke Ellington, Miles Davis, Charlie Parker, Coleman Hawkins et bien d’autres pointures négligés dans leur propre pays encore ségrégationniste.

Et par la rive gauche ce fut Jacques Prévert, Raymond Quenau en passant par Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre ou Picasso sans oublier Michel Legrand et Henri Salvador avec qui ils écrivirent les premiers rock français, burlesques et moqueurs.Membre du collège de Pataphysique, une science des solutions imaginaires crée par Alfred Jarry, qui prône d’aborder les choses avec humour et anticonformisme, il se retrouve aux côté de Max Ernst, Ionesco ou encore Marcel Duchamp.

Des existentialistes (dont il se moquait) aux surréalistes, Vian a fréquenté les plus audacieux créateurs d’après-guerre.
Gainsbourg ne se remis jamais de sa rencontre et se décida à écrire des chansons, délaissant les pianos-bar pour la carrière que l’on sait.

Bricoleur émérite il fabriquait ses meubles et inventa l’architecture intérieure de son petit appartement Cité Véron, derrière le Moulin Rouge, partagé avec sa seconde compagne « son ourson Ursula » (Ursula Kubler, danseuse) - Un appartement resté intact et que l’on peut visiter par petit groupe et sur rendez-vous -
La nuit, il traduisait des romans noirs américains, écrivant le jour des critiques de jazz ou un essai sur le monde de la chanson (que l’on n’appelait pas encore « industrie musicale »).
Directeur artistique pour la maison de disque Philips, puis Barclay, il créa le mot « tube » pour parler des succès en vogue.
Il se passionnait également pour l’automobile, collectionnant de vieilles guimbardes pour aller parfois à St Tropez rejoindre des amis et inventer d’autres « jours de fêtes » !

Découvrir Boris Vian c’est un peu comme éplucher un œuf qui cacherait des poupées russes, c’est une histoire sans fin, on y découvre toujours quelque chose de nouveau, un emboitement de créations, d’inventions, de passions dévorantes ou le satrape quitte un sujet pour s’adonner à une autre : la peinture, le dessin, les collages…

Loin d’être reconnu à son juste talent de son vivant, Boris a fait l’objet de scandales avec par exemple sa chanson « Le déserteur » et le seul de ses romans qui connut un franc succès : « J’irais cracher sur vos tombes ». Un livre qui traite de la ségrégation raciale aux Etats Unis, avec toute la violence contenue de l’époque (près-rock’n roll) alors qu’à sa sortie le titre laissait croire à un blasphème envers les « morts pour la France » des deux grandes guerres !).
« Quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère, et quand j’écris pour de vrai, on croit que je blague » se plaignait ainsi Vian, pas toujours compris, qui avait l’art de brouiller les pistes, comme tout anticonformiste.

 Avec près d’une trentaine d’ouvrages : romans, essais, recueils de nouvelles et de poésie et une quinzaine de pièces de théâtre (et livrets d’Opéra) écrit entre 1942 et 1956 (où il abandonne la littérature vus ses insuccès) Boris Vian laisse une œuvre riche qui sera apprécié et découverte après sa mort, devenant un auteur reconnu et intemporel, toujours étudié dans les écoles.
Une écriture inventive qui jongle avec le langage, les métaphores, la poésie, l’humour et la mort toujours omniprésente. La mort qui le suit : son père est assassiné, son ami proche Le Major se tue dans un accident, il sait sa santé précaire et se retrouve affaibli par plusieurs problèmes cardiaques à partir de 1956.
« J’voudrais pas crever… » « Pourvu qu’il me laisse le temps », « Quand y’aura du vent dans mon crâne », « Les morts ont tous la même peau »…en sont quelques exemples.

Une écriture unique, et des thèmes toujours actuels abordés par exemple dans ses chansons : les puissants, le racisme, le féminisme, la consommation, le danger nucléaire, les guerres, le monde du travail, le sexe, l’homosexualité, le changement de sexe, l’humour, la mort…avec une variété de styles, autant dans les formes musicales que dans ses textes (avec les compositeurs et orchestrateurs Alain Goraguer, Jimmy Walter, André Popp, Michel Legrand…).

Boris Vian n’a pas inventé un genre, un style.
Boris Vian n’a pas eu de descendants dans la littérature.
Boris Vian a créé « son propre style » : unique. Et a suscité probablement beaucoup de vocations, à toutes époques depuis sa disparition comme Chloé Delaume en témoigne ou Mathias Malzieu (du groupe Dionysos) parrain de ce centenaire.
Boris Vian n’est pas un génie, ou alors un « Génie sans bouillir » !Boris Vian reste à découvrir, il agite la vie et reste le témoin de ce qu’elle a de plus excitant, la création permanente de l’esprit !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Max Well – 10-03-2020

 

Pour aller plus loin

https://centenaireborisvian.com/
https://www.borisvian.org/accueil.html
https://www.facebook.com/BorisVianOfficiel/

 

Dans vos médiathèques

  •  VIAN TOUT ZAZIMUTH

Spectacle chanson

Robion – Salle St Rock !! – samedi  28 mars - ANNULE

Cette année Boris Vian aurait 100 ans. Ce spectacle d’une vingtaine de chansons entrecoupé de poèmes est l’occasion de redécouvrir le talent d’auteur de Vian qui aborde avec humour ou gravité des thèmes plus que jamais d’actualité : la condition des femmes, les marchands d’armes, les changements de sexe, le consumérisme, la fin de vie…sur des musiques variées, swinguantes ou rock’n roll par de grands compositeurs : Alain Goraguer, Jimmy Walter, André Popp, Henri Salvador, Margueritte Monnot… Toutes ne sont pas connues, Vian ayant écrit plus de 500 chansons. Gyslaine Clément  et Célia Vrignaud interprètent avec complicité, humour et vivacité ce répertoire, accompagné de Julien Lebrun au piano et de Max Well aux textes lus.

Le spectacle sera suivi d’une rencontre autour de Boris Vian avec les artistes.

Avec Les Passeurs de mots.

Site officiel Boris Vian : www.borisvian.org 

 

  • Boris Vian, la vie jazz

Maubec - vendredi 13 mars - ANNULE

Des romans, des chansons, des poèmes: on connaît Boris Vian comme auteur. Pourtant, sur la porte de son appartement, on peut lire encore: "ingénieur et musicien". Car le jazz fut la grande passion de Boris Vian. Il le joua avec sa trompette, en inventa la critique, fut l'ami de Duke Ellington.

 

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